Le Camp de Drancy sous Dannecker
(20 août 1941 - 16 juillet 1942)
Les premiers internés Juifs du Camp de Drancy arrivent ici le
20 août 1941, à la suite de la rafle dénommée
" rafle du 11e arrondissement " car la plupart des 4 232 Juifs
arrêtés habitaient ce quartier. Au Camp de Drancy, rien n'a
été prévu pour accueillir un si grand nombre d'hommes.
Les bâtiments ne sont pas achevés et pendant les premières
semaines les internés doivent coucher sur le béton armé.
La famine sévit et un marché noir se développe, à
l'initiative des gendarmes du camp. La famine provoque des décès
et 800 personnes très affaiblies sont libérées début
novembre. Les internés sont alors autorisés à recevoir
un colis alimentaire et ont droit à une correspondance.
La structure administrative du camp est mise en place. Pendant la première
année, le Camp de Drancy est placé sous l'autorité
suprême de l'Allemand Dannecker, qui menace de son revolver les internés
derrière les fenêtres. Un fonctionnaire français, nommé
par la Préfecture de police, assure le commandement du camp et fait
appliquer le règlement, uvre de Dannecker. La garde extérieure
et la surveillance intérieure sont assurées par un détachement
de gendarmes français. Plusieurs services sont créés,
assurés par les internés, sous la surveillance des gendarmes
ou des représentants de la Préfecture de police. Le bureau
des effectifs est placé sous la surveillance des inspecteurs de police.
Le bureau militaire, administré par les internés, fournit
des attestations de qualité d'anciens combattants et, à partir
de juillet 1942, de femme de prisonnier de guerre. Le service des cuisines
est administré par un économe nommé par la Préfecture
de police qui nomme également un médecin " aryen "
chargé de surveiller le service médical assuré par
les internés.
Le premier convoi partant de Drancy
Le premier convoi parti de Drancy, le 22 juin 1942, est le convoi n°
3 (les deux premiers sont partis de Compiègne). Le convoi n°
3 est composé de 934 internés hommes du camp de Drancy et
de 66 femmes, en provenance du camp des Tourelles. Ce convoi est parti de
la Gare du Bourget-Drancy. 34 survivants de ce convoi sont rentrés
en 1945, dont 5 femmes.
Les otages
A la suite d'un attentat contre un officier, les Allemands exécutent
70 otages au Mont-Valérien le 15 décembre 1941. Parmi les
otages, 53 sont juifs, dont 44 emmenés du Camp de Drancy.
Mes dernières heures, ce soir 14 décembre 1941.
Ma maman que j'aimais tant.
Mon papa et meilleur ami.
Mes deux petites surs chéries.
Vous tous qui ne me verrez plus.
A quelques heures de mon exécution, ma main ne tremble pas, mais
mon émotion est passée. J'attends. le sort m'a été
contraire. Je ne peux plus rien changer. Dans quelques heures je serai une
nouvelle et innocente victime
parmis tant d'autres.
J'aurais aimé m'entretenir avec vous. J'ai eu mes vingt et un ans
loin de vous que j'aime plus que jamais. J'aurais voulu vous dire que je
suis fier de vous ; de votre courages devant les épreuves passées.
La plus grande épreuve est maintenant arrivée. Je ne serai
plus quand ces lignes vous parviendront. Je ne demande qu'une chose : que
vous soyez plus fort que jamais, votre douleur, et je tremble quand vous
saurez la vérité, je me l'imagine.
Elever un fils jusqu'à mon âge et le quitter dans de telles
circonstances, c'est quelque chose de terrible à supporter. J'ai
réfléchi souvent aux peines que je vous ai données
: quand j'étais petit et que vous guidiez mes premiers pas. Vous
avez fait de moi, j'ose l'écrire, presque un homme et tout cela pour
rien. Nous ne nous verrons plus. On ne m'appellera plus ni " maître
" ni " grand-père ", ni " petit frère
", ni " grand frère ".
J'imagine votre peine car je commençais à goûter l'envie
de créer aussi un foyer et quand je pensais à cela, j'imaginais
le plaisir que j'aurais en vieillissant (quelle ironie d'écrire ce
verbe : " vieillir ") de voir grandir mes enfants et je me promettais
de les élevé, c'est-à-dire : honnêtes et droits.
Courageux aussi. Du courage à toute épreuve, même celle
qui m'est imposée.
Etre fort, je le suis. Courageux, comme on doit l'être, et je voudrais
dire tout ce que je pense, hélas les mots ne me viennent pas. Je
vous aimais, je vous aime et dans l'au-delà ( ?) aussi. Mais votre
peine quand le pire sera arrivée, cela m'est pénible. Ah !
Maman, tes larmes, je les vois déjà, j'imagine ta douleur
et je te vois courir vers ma photo qui se trouve sur mon petit bureau. Eh
! bien Maman, ma Maman, c'est à toi que je veux écrire un
peu ; ta douleur sera grande. Cependant laisse-moi - c'est un mort vivant
qui t'écrit - te dire que d'autre mamans pleurent leurs fils morts
à la guerre.
Ma dernière volonté que je veux que tu suives est celle-ci
: il faut que tu vives, tu es nécessaires à mes surs.
Ne commet rien contre toi. Ta douleur sera vive. Il reste mes deux petites
surs. Pour elles tu dois rester. Si tu faisais quoi que ce soit contre
ton existence après ce qui va m'arriver dans quelques heures tu manquerais
à ton devoir.
Parmi toutes les mères tu as été une mère exceptionnelle,
parce qu'avec mon papa tu as fait de moi ce que je suis devenu.
Il faut faire de mes surs de braves femmes. Avec mon papa pour qui
ces mots sont aussi valables vous devez élever mes petites surs.
Des années heureuses viennent je le sens. Dans quelques années
elles seront grandes et la paix revenues vous serez fiers d'elles. Si elles
ont ma force de caractère, elles réussiront dans la vie. Je
ne pourrai pas vous faire devenir grand-mère et grand-père,
mais elles peuvent et elles devront vous donner cette joie que vous méritez
tant.
Vivez, ne tentez rien par désespoir, je l'exige. Telle est ma dernière
volonté.
Je l'exige. Telle est ma dernière volonté.
Moralement je veux vous dire que dans ces dernières heures je crois
plus que jamais à tout ce que j'ai aimé. Je veux m'entretenir
avec mes sur. Jacqueline a quatorze ans, Yvette douze ans presque.
Vous ne verrez plus votre frère. Ma petite rouquibiche et toi ma
grande sur, vous me comprendrez ? si ce n'est pas aujourd'hui, c'est
plus tard. Je regrette de n'avoir pas donné plus de joie à
mes parents. Les parents méritent plus de respect. Il méritent
qu'on les choie, et leur rende la vie heureuse. Travaillez bien pour cela
; montrez leur ainsi que vous les aimez. J'exige de vous chaque soir vous
réfléchissiez pour savoir si vous avez tout ce qui vous a
été possible pour soulager la douleur de notre papa Chia comme
je l'appelais quand j'étais petit pour le taquiner et de notre maman
Temché.
Ah ! Temché, ah ! Chia et mes deux petite surs, la vie continue,
mais elle mérite d'être vécue par vous. Elle doit vécue.
Je le veux. Pas d'actes de désespoir. Soyez forts. Ma plus grande
sur, mon cheval que j'aimais vous aidera je le crois dans ces tristes
circonstances. Qu'elle prenne soin de vous vous le méritez.
Vivez ! Soyez encore heureux tous les quatre Je le veux. Il vous reste de
longues années à vivre, je l'espère.
Vivez ! Vivez ! Vivez ! Soyons dignes les un des autres.
Adieu. Je vais mourir, cela est le maximum pour vous. Vous allez souffrir.
Mais tenez, soyez courageux, que mes surs me remplacent auprès
de vous.
Je m'excuse de la peine que je vais vous faire.
Je vous prie tous les quatre de me pardonner la peine que je vais vous
faire.
Il y aura pour vous des jours heureux.
C'est à cela que je pense et que je vous souhaite.
Votre fils,
Jacques.
Dernière lettre de Jacques Grinbaum fusillé le 15 décembre
1941.
Theodor Dannecker:
(1913-1945) Chef du service des affaires juives
de la Gestapo en France, de novembre 1940 à août 1942.
Assure la direction du Camp de Drancy du 20 août 1941 au 16 juillet
1942, par lintermédiaire dun commandant du camp, fonctionnaire
français,nommé par la Préfecture de Police. Mort le
10 décembre 1945 dans la prison américaine de Bade-Tolz. |